A Trélazé, l’ardoise se fend à l’ancienne
Publié par Paul Gypteau dans Culture, Info locale-
Trélazé. L’ardoise a fait les beaux jours de la commune. 600 ans après la découverte de la première mine, le musée retrace l’âge d’or de la ville.
Rossignol chausse ses sabots. Il fait claquer sa barre à mine en métal sur ses énormes souliers de bois recouverts de guêtres en tissu. « À l’embauche ! », lance-t-il au public. Rossignol, c’est le « nom de seigneurie » de Jean-Christophe Boisteault. Un pseudonyme dont il a hérité après cinq ans de formation. C’est son maître qui l’a baptisé. « C’est le droit des chérubins, on devenait ardoisier de père en fils et il faut bien dire que les enfants n’avaient pas trop le choix à Trélazé. »
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1406 : le début de l’exploitation
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Si les ardoisiers descendaient dans les mines de Trélazé pour remonter des blocs de schistes, Jean-Christophe Boisteault remonte l’histoire de la ville pour la faire partager à un groupe de curieux. Il pointe un bloc d’ardoise venu des profondeurs. « Celui-ci a été extrait à 550 mètres sous nos pieds. Il pèse 5, 6 tonnes, autant qu’un éléphant. Une fois qu’on a remonté le bloc, il faut le débiter, c’est-à -dire le découper en plaques de quatre centimètres. » Il plante son pic dans le carré bleu nuit et soulève une plaque. « Et il faut faire attention à la qualité de la pierre. Dans le jargon, un bloc de bonne qualité s’appelle un bouc et un mauvais une biquette. »
Autant d’expressions anciennes qui font traverser le temps pour faire revivre l’épopée des mines d’ardoise de Trélazé. L’exploitation a commencé en 1406. « L’ardoise de Trélazé est la plus pure du monde et dure longtemps sur une toiture. »
La démonstration de la fente d’ardoise se poursuit sous l’amphithéâtre ombragé au cœur du parc du musée. Jean-Christophe distille les anecdotes des mines comme il fend la pierre. « C’est dans les mines du Fresnaie et des Grands Carreaux que les hommes descendent pour chercher la pierre. Au début du XXe siècle, jusqu’à 4 200 personnes ont travaillé dans l’ardoise. Et même jusqu’à 6 000 si on inclut les mines du Segréen. »
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213 employés aujourd’hui
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Aujourd’hui, ils ne sont plus que 213 employés à œuvrer aux Ardoisières. La mécanisation a remplacé l’huile de coude. « Quand il fallait deux semaines de travail entre l’extraction et l’ardoise prête à utiliser, il ne faut aujourd’hui plus que trois heures ! » Sans oublier l’invasion de l’ardoise d’Espagne, de moins bonne qualité mais moins chère, dans les années 1960, qui a signé la fin de l’âge d’or de Trélazé.
Jean-Christophe plante son cobra, une fine lame de métal, pour effeuiller le cube en fines ardoises. A l’ancienne. « Voilà des ardoises de 2,7 mm ! Après le rondissage - la taille à la bonne dimension - elles seront fin prêtes pour le couvreur. » Un coup de pédale sur sa machine et la tuile est taillée à la bonne dimension.
Avant de partir, chaque visiteur prend un petit carré d’ardoise, en souvenir de cette démonstration de taille à l’ancienne. Le parcours se poursuit devant une vidéo où l’on voit les grosses machines de la société des Ardoisières, à quelques kilomètres du musée, s’affairer pour tailler la pierre. Si la machine a remplacé l’homme, Rossignol, lui, garde toute la légèreté du coup de main à l’ancienne.
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Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 26 juillet 2008)







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