La terminale du soir, une autre chance pour réussir
Publié par Paul Gypteau dans Info locale-
Cette classe expérimentale donne une deuxième chance à des lycéens exclus du système classique. Et vu les résultats obtenus au bac, le pari est gagné.
Un tableau noir, une carte de l’Union européenne punaisée au mur et des tables de cours. Rien ne distingue cette salle du lycée Sainte-Agnès à Angers d’une salle de cours banale. Pourtant, ce vendredi soir, les élèves et professeurs de la terminale du soir se sont donné rendez-vous au premier étage du lycée de la rue Volney pour célébrer un événement attendu de longue date. « Félicitations ! » Tous lèvent leur verre pour fêter leurs résultats du bac.
Ces cours du soir, destinés à des lycéens atypiques, ne sont pas légion en France. Sainte-Agnès fait partie des sept établissements catholiques français (1) à proposer une voie différente pour décrocher le précieux sésame. « Beaucoup de nos élèves se sont réorientés ou avaient perdu leur motivation dans une structure classique », explique Nathalie Girault, responsable de la terminale. « Cette année, le cru est exceptionnel. Sur les 18 qui ont terminé l’année, 7 ont passé le bac et 6 l’ont décroché ! Ça fait plus que la moyenne nationale. Il y a une mention Bien en L et une Très bien en ES, c’est une première », se félicite-t-elle, tout sourire, avant de prendre un petit-four.
Cette classe expérimentale, qui épaule des étudiants de première et de terminale, fêtera ses dix ans à la rentrée prochaine. La recette de cette réussite à peine croyable ? Pas de hasard mais un projet pédagogique bien ficelé. Il privilégie des travaux en petits groupes et une approche individuelle.
Pas de cours avant 11 h, des voyages de classe et un groupe resserré autour d’un noyau dur de profs motivés. Beaucoup de ces jeunes ont décroché après des échecs familiaux, une crise d’adolescence tenace ou un manque de motivation. Des situations difficiles et des profils contrastés que « l’objectif bac » réunit.
Au-delà du diplôme, la formation met l’accent sur la vie en communauté. « On a un coin pour nous où on peut manger et écouter de la musique le midi, on fait la vaisselle, on participe un peu au ménage. On sort parfois avec les profs », confirme Wannee, 24 ans, fraîchement diplômée, à la troisième tentative. Même si tous n’atteignent pas l’objectif, la grande majorité reprend pied. « J’étais ici il y a quelques années, explique Florian, et je n’ai pas eu mon bac. Mais ça ne m’a pas empêché de m’en sortir ! Aujourd’hui j’ai trouvé ma voie en suivant des études de graphisme à Nantes. »
Profs et élèves tiennent donc la barre pour y arriver, ensemble. « C’est un challenge commun », conclut la prof d’économie, avant le départ vers un restaurant du centre-ville pour prolonger la soirée.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 15 juillet 2008)
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(1) Paris, Versailles, Nantes, Lyon et deux lycées à Rennes
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« Tout se passait bien pour moi jusqu’à une crise d’adolescence en première. Après être passée de justesse en terminale générale, je suis simplement allée à l’épreuve du bac de philo, puis j’ai laissé tomber. L’année d’après, j’ai beaucoup séché. J’ai hésité à tout abandonner pour trouver du boulot. Mais j’avais trop peur du chômage ! J’ai entendu parler de cette terminale du soir et ça a été une révélation ! Pas de cours tôt le matin mais on finit parfois à 20 h, ça me convient. Sans oublier qu’on a une pause toute les 1 h 30. Avec les autres, c’est comme si on était en colloc’. Je me faisais une montagne du bac mais finalement ça s’est bien passé. J’ai beaucoup travaillé pour passer toutes les épreuves de première et terminale cette année, en plus de mon job dans une maison de retraite. Je suis passée du tout au tout : des journées pyjama au déclic qui m’a fait décrocher mon bac ! »
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« J’étais dans un sacré bourbier. Après des problèmes d’assiduité, j’ai fini par perdre pied parce que je n’étais vraiment pas motivé. J’ai égrené les lycées avant d’arriver ici : Saint-Martin, Mongazon et l’institut Bois-Robert à Bécon-les-Granits. La totale, quoi ! La terminale du soir, c’était le lycée de la dernière chance, il fallait que je me remette dans les clous. Pour que tout soit cadré dès le début, on m’a fixé un contrat : assiduité, ponctualité et bon esprit avec les autres. Les profs m’ont poussé à travailler. Ils ont toujours été à l’écoute quand j’avais des problèmes. Ils sont au même niveau que ceux des lycées classiques. Cette formule demande peut-être un peu moins de travail personnel mais ça me convient parce que j’organise des soirées étudiantes en parallèle. Après mon bac ES, je tente les écoles de commerce pour travailler dans la gestion du patrimoine ou dans la bourse au back-office. »
Tags: ouest-france


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