Les huit résidents accompagnent Sandrine Veysset, avec un chapeau, Jeanne Moreau et Claude-Eric Poiroux, à droite. © Paul Gypteau

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Ateliers d’Angers. L’heure était au bilan, hier mercredi, pour Jeanne Moreau et ses huit jeunes cinéastes, en résidence depuis le 2 juillet à Angers.

Jeanne Moreau - © Paul GypteauC’est la petite cuisine du cinéma qu’elle connaît sur le bout des doigts ! Mademoiselle Jeanne Moreau met la main à la pâte pour le cocktail de clôture à l’hôtel Livois-Lancreau, à l’image de son investissement et de son enthousiasme lors de cette quatrième édition de « ses » Ateliers d’Angers. « Mais je suis épuisée ! Je pense que nous les avons nourris un maximum pendant cette semaine. Pour la première fois, j’avais pu découvrir leur court-métrage et pu lire leur scénario. Et chose extraordinaire, tous ont déjà un producteur. »

Du particulier (chacun des résidents s’est entretenu avec l’immense comédienne) au général, les huit privilégiés ont eu l’occasion, au contact des nombreux professionnels et figures tutélaires, d’apprivoiser l’angoisse inhérente à la réalisation d’un premier long-métrage. « Faire un film est une sacrée responsabilité, et même un choix de vie : on y engage des capitaux et des personnes. C’est un métier dangereux autant qu’un fantasme. Il y a beaucoup d’angoisse en eux et l’idée des Ateliers est de les respecter, de les rendre importants, et de les amener au bout d’eux-mêmes. On ne peut pas passer son temps à avoir des doutes. »

En amoureuse et en experte du septième art, Jeanne Moreau a matérialisé pour eux les images qu’ils tourneront bientôt : « J’ai vu leur film, j’ai pu leur restituer ma confiance et mon émotion. J’ai même eu les larmes aux yeux en imaginant certaines scènes ». Quel que soit le destin de ces réalisateurs en devenir, un passage aux Ateliers d’Angers n’est pas image morte.

D’anciens résidents ont vécu la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, certains achèvent leur film, quand d’autres ont dirigé leur pas vers les plateaux télé. « Ces Ateliers leur permettent au moins de savoir quelles sont leurs véritables envies ! » Celles de Jeanne Moreau ne riment pas en tout cas avec vacances : « Je n’en ai pas pris depuis cinq ans ! » Une tournée en Amérique du nord début 2009 avec Quartett, en compagnie de Sami Frey ; l’ouverture en Avignon, toujours en 2009, avec un projet d’Amos Gitaï ; le commentaire d’un documentaire sur Laure Manaudou et un travail autour du Condamné à mort de Jean Genet, avec Etienne Daho… Jeanne Moreau ne s’arrête jamais. Comblés par cette rencontre, les huit résidents ont pris une belle leçon… de jeunesse !

 

Paul GYPTEAU et Gwenn FROGER.
(Ouest-France, le 10 juillet 2008)

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Le bilan des résidents

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François Pirot (Belgique). © PGFrançois Pirot (Belgique)
« Mon temps fort : la rencontre avec Jacques Doillon. Pour sa disponibilité, sa simplicité, son humilité et son approche saine du métier. L’important pour moi est d’avoir pu trouver des confirmations de mes choix. Je suis sur le point de tourner un court métrage, après un long temps d’écriture. La possibilité d’échanger et de parler de la dimension concrète des choses tombait à point nommé pour moi. Et si j’avais un bémol, ce serait la petite frustration de ne pas avoir eu plus d’exercices, d’être allé un peu plus loin avec les intervenants. Mais je conseillerais les Ateliers à tous les jeunes réalisateurs. »

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Antoine Barraud (France). © PGAntoine Barraud (France)
« C’était très fort d’être ensemble ! L’entente entre nous fut instantanée, inattendue, miraculeuse. On sentait qu’on était tous là pour la même chose, pour une même curiosité. Ces Ateliers m’ont de plus apporté des réponses concrètes sur des questionnements précis, comme le fait de faire des répétitions, et comment les faire, et avec qui les faire. C’était aussi très instructif d’échanger sur les périodes de financement. Tout cela permet de dédramatiser. Le seul bémol est le côté encore expérimental de ces Ateliers dans leur forme. Mais l’idée est très bonne, et la rencontre avec Noémie Lvovsky fut un moment merveilleux. »

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Héléna Klotz (France). © PGHéléna Klotz (France)
« Le temps fort fut la toute première master-class avec Jeanne Moreau. C’était vivant, frontal, sans chichi. Elle a vraiment donné le ton. En trois minutes, elle a décoincé tout le monde. À titre personnel, ces Ateliers m’ont permis de démythifier le fait de réaliser un premier long. On est très seul d’habitude, et la présence de tous ces intervenants et des sept autres résidents m’a donné beaucoup de confiance. J’ai énormément appris au contact des autres, et nos échanges m’ont même donné quelques idées pour mon scénario. Au final, on se dit que c’est un véritable privilège de pouvoir vivre cela ! »

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Rebecca Zlotowski (France). © PGRebecca Zlotowski (France)
« Pour la première fois j’ai pensé à mon scénario comme à quelque chose de concret. Je sens enfin que le film va se faire, à condition que j’arrive à trouver des financements. En fait, je suis à un stade intermédiaire. Je n’ai plus les mains dans le script mais pour autant, je ne suis pas encore prête à tourner demain. Ça m’a donc fait du bien d’entendre des avis différents. La semaine a été dense ! Cerise sur le gâteau, Jeanne Moreau a accepté de tourner dans une scène de ma carte postale, ce film souvenir de notre semaine qu’on laisse ici avant de partir. Ça n’a pas de prix ! »

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Peter Mackie Burns (Grande-Bretagne). © PGPeter Mackie Burns (Grande-Bretagne)
« Je m’apprête à tourner mon premier long-métrage en septembre. Rencontrer tous ces intervenants, ça m’a donné les dernières clés avant de me lancer. Le film Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Sandrine Veysset est tombé à point nommé puisqu’elle tourne beaucoup en extérieur. Beaucoup de scènes de mon film sont aussi tournées dehors. Pour les techniques de cadrage, c’est idéal ! Je croise les doigts pour que tout se passe bien, parce que tourner un film pour la première fois, c’est comme quand on est vierge, on ne sait jamais comment ça va se passer ! »

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Celia Galvan Julve (Espagne). © PGCelia Galvan Julve (Espagne)
« Ce qui m’a le plus marquée cette semaine ? Tout ce que les réalisateurs ont échangé avec nous ! Je pense aussi au film de Sandrine Veysset, Y aura-t-il de la neige à Noël ? c’est intense et plein de vie. J’étais aussi à un moment où j’avais besoin de penser mon film comme un projet concret. Parce que quand on écrit, on utilise souvent des mots et des concepts vagues qui n’existent pas dans la réalité. Donc quand on parle avec des réalisateurs et des monteurs, tout de suite, ça recadre les choses ! C’est un privilège d’avoir partagé du temps avec Jeanne Moreau. »

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Paul Saintillan (France). © PGPaul Saintillan (France)
« En tête à tête avec Jeanne Moreau, on discutait d’un des rôles de mon film. Je voyais bien Melvil Poupaud camper ce personnage et l’idée est aussi venue à Jeanne. Elle m’a donné le numéro de l’acteur pour que je lui envoie mon scénario. C’est surréaliste comme démarche. Ca ne se passe jamais comme ça d’habitude. La semaine dernière, quand elle nous a parlé d’Orson Welles, Luis Buñuel et François Truffaut, c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience qu’elle était très proche des gens du Panthéon du septième art. Nous transmettre son expérience de comédienne lui tenait vraiment à cœur. »

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Germinal Rouaux (Suisse). © PGGerminal Rouaux (Suisse)
« Les résidents ont débarqué à Angers sans se connaître. On était dans le même bateau pendant une semaine, ce qui a instauré une certaine solidarité entre nous. On avait besoin d’être rassurés à ce stade.
J’ai repris confiance après les conseils des intervenants. Un de mes temps forts restera lié à ma rencontre avec Jacques Doillon. Il m’a conforté dans le fait qu’on peut réaliser un film en étant sincère, même dans un milieu où le poids du marché est fort. Malgré les pressions, il faut toujours garder confiance en son projet pour rester soi-même. »

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