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Trélazé. Son musée, ses moulins, ses chevalements d’acier et ses mines… Bienvenue dans un pays où la reine ardoise est devenue la muse de la ville.
Musée de l’ardoise. Il est 17 h. Arlette Avrillon sonne le rassemblement des troupes. Les 45 visiteurs resserrent les rangs. La présidente du musée de l’ardoise se lance et pointe du doigt le centre Hervé-Bazin qui fait face. « Ce bâtiment a été construit en 1 820. C’était une manufacture d’allumettes construite pour donner du travail aux femmes des ardoisiers. » La couleur est donnée, on part donc sur les traces de l’ardoise, cet or bleu nuit qui a modelé la ville. « On prend les voitures pour continuer la visite parce ce qu’à pied, c’est un peu long. » On s’organise. « J’ai encore deux places, vous avez trouvé un chauffeur ? », lance cette conductrice.
Pas étonnant qu’on ait besoin de la voiture. En jetant un coup d’œil à la carte de Trélazé, on découvre une ville tout en longueur qui s’étale sur 5 km d’est en ouest. Un hasard ? Non, une nécessité pratique : la quatrième ville de Maine-et-Loire a été construite autour de la veine de schiste ardoisier qui traverse le département.
Mairie. De chaque côté de la porte de l’hôtel de ville, deux gravures rendent hommage à l’histoire du bourg. « A gauche, ce sont les outils de travail du jour de l’ardoisier : cordes, pics, marteaux, poulies… Et à droite, c’est plus surprenant, ce sont les activités hors ardoises. » Fourches, paniers, chapeaux. « Environ 60 % de la population pratiquait aussi l’agriculture. »
Grand Maison, ancien site des Ardoisières de l’Anjou. Si la mine a fermé en 1983, le chevalement d’acier rappelle les heures glorieuses de l’extraction de la pierre. La porte blanche coulisse. On rentre. « Le chevalement avait deux fonctions : descendre les mineurs qui travaillaient sous terre et remonter le schiste qu’ils extrayaient. » Les nacelles descendaient jusqu’à 500 mètres.
L’endroit est resté en l’état. Comme si le temps avait figé les lieux. La rouille ronge la ferraille mais les filins reliés aux machineries d’extérieur pendent toujours.
L’ardoise a joué sur la démographie de Trélazé. « Dans les années 1 850, beaucoup de Bretons ont immigré car on avait besoin de personnel. Ils ont même amené leur curé. » Sur l’histoire des femmes, aussi. « Quand la première guerre mondiale mobilise les hommes, les femmes arrivent à la mine. Si elles ne descendaient pas au fond, elles ouvraient l’ardoise sur des machines en bois dans les ateliers. » Aujourd’hui, il ne reste que 230 employés aux Ardoisières, le deuxième employeur de la ville, dont une soixantaine de mineurs de fond.
Tour du Poirier, Parc du Vissoire. La toiture conique abrite ce qui aurait pu être la maison des Shadoks : un moulin d’exhaure qui pompait l’eau infiltrée dans les mines. Un bâtiment unique en Europe restauré à neuf en 2000.
Retour au musée de l’ardoise, face à une carrière à ciel ouvert aujourd’hui inondée. « Quand les hommes ont commencé à descendre dans les fonds, ils se sont battus pour obtenir le statut de mineur qui leur donnait notamment le logement et le chauffage. Ils l’ont toujours. » Une manière de réaliser que l’aventure de l’ardoise a aussi été synonyme d’avancées sociales.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 18 août 2008)

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