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Ce n’était pas vraiment une surprise, et pourtant. Colette et Jean-Marie ont fêté leurs noces d’or à Saumur, au milieu de 13 000 cyclistes. Inoubliable.
Assis autour de quatre tables de camping mises bout à bout, les douze amis lèvent leurs coupes de champagne. « À la santé des jeunes mariés », lancent-ils en choeur. Nichée entre les caravanes, à l’emplacement n° 3181 du camping fédéral du Breil, à quelques kilomètres du centre-ville de Saumur (Maine-et-Loire), la joyeuse tablée se remémore un événement unique. « Dimanche dernier, c’était l’inauguration de la semaine fédérale du cyclotourisme. Il pleuvait et je n’avais pas envie d’y aller, raconte Colette Lesuisse. Mais mon amie Ginette est venue me chercher pour me dire que je n’avais pas le choix. Elle m’aurait emmené en brouette s’il avait fallu ! »
En arrivant à la cérémonie, qui donne le coup d’envoi de ce grand rendez-vous annuel de 13 000 mordus du vélo, l’ancienne institutrice de 72 ans n’en croit pas ses yeux. « Des gens costumés nous ont fait monter sur l’estrade. On a été intronisés chevaliers et ils nous ont donné médailles et diplômes. » Face aux 5 000 touristes réunis ce soir-là, Colette et son époux Jean-Marie sont émus. Ils savent pourtant ce qui leur vaut cet honneur exceptionnel : leurs noces de d’or.
« Ça fait 17 ans qu’on participe à la semaine fédérale. On y fête toujours notre anniversaire de mariage qui tombe le 4 août. Et cette année, ce sont nos 50 ans, vous vous rendez compte ? », s’exclame Colette avant de reprendre un toast. Leurs amis, « les compères », sont dans la confidence depuis mars. « Je lui avais préparé une robe de mariée avec des rideaux en caoutchouc », lâche Maryvonne.
Le lendemain, la « vraie date de l’anniversaire », les Lesuisse et leur flopée d’amis ont pris un « vrai repas de mariage » pour « festoyer jusqu’au soir. » Le couple venu de Villiers-en-Lieu, près de Saint-Dizier, dans la Haute-Marne, était aux anges. Outre le jambon roulé à la crème fraîche, les rillons et les pistaches, une dizaine de bouteilles trônent sur la table. « On a ramené deux caisses de champagne de notre région », confie Roland, sans oublier son « petit vin fait maison, à la groseille et à la rhubarbe. »
Le terroir, pour les Champenois, c’est toute une tradition. Aujourd’hui, pour le défilé costumé de clôture de la semaine fédérale, ils défileront avec des grappes de raisin fixées à leurs vélos. Sans oublier le folklore musical local. « On passe la même cassette chaque année, écoutez donc », lance Colette en posant le magnéto gris sur la table. La bobine tourne. « J’aime le ra…, j’aime le ra…, j’aime le ratafia ! ». Le ratafia, un breuvage à base de champagne, évidemment.
Cette semaine en or était placée sous le signe de la chance. « Même les policiers sont sympas ici ! Hier, en regagnant la voiture après un tour en calèche dans Saumur, ils nous ont signalé qu’on était mal garés, mais ils n’ont rien dit. », sourit Colette. Normal, les amoureux étaient stationnés place de la Fidélité.
Un signe ? Sans aucun doute.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 10 août 2008)

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