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Angers. Foulques Nerra a donné son premier souffle au quartier. D’abord à vocation religieuse, la rive droite s’est métamorphosée. Voyage dans le temps.
La vue est imprenable ! C’est sur le toit du théâtre du Quai que la visite commence. Ce jeudi, une quinzaine de visiteurs ont bravé le vent pour découvrir le quartier de la Doutre. Avant d’entrer dans le vif du sujet, un résumé historique s’impose. « L’installation primitive s’est réalisée rive gauche, face à nous, de l’autre côté de la Maine, explique Jacqueline, la guide. Entre la cathédrale et le château, vous apercevez le coeur médiéval de la ville, la cité. »
Au Moyen Âge, la Doutre (« d’outre-Maine ») n’est qu’une zone marécageuse peu habitée. C’est Foulques Nerra, comte d’Anjou, qui lui donne son premier souffle au début du XIe siècle. De retour de son troisième pèlerinage à Jérusalem, où le seigneur sanguinaire se rend régulièrement pour se faire pardonner ses atrocités, il fonde l’abbaye Saint-Nicolas. Vingt ans plus tard, il érige l’abbatiale du Ronceray pour y installer l’ordre des bénédictines.
46 constructions à pans de bois dans la ville
« Le faucon noir » - tel qu’on le surnomme - utilise les voies de communication construites par les Romains pour structurer le quartier de la Doutre et construit le premier pont qui le relie à la cité. L’actuelle rue Beaurepaire, le « Decumanus Maximus » comme l’ont baptisé les Romains, se divisait en deux artères. L’une partait vers Nantes (l’actuelle rue Saint-Nicolas), l’autre vers la Normandie (la rue Lionnaise). Deux populations cohabitent dans le quartier, l’une artisane et ouvrière, l’autre aristocrate.
Un lieu sombre et dangereux
La visite se poursuit quai de la Savatte - qui n’était qu’une île jusqu’à la fin du XIXe siècle - direction rue Beaurepaire. Au numéro 59, un « australian bar » s’est installé dans la plus vieille maison d’Angers. Elle fait partie des 46 constructions à pans de bois encore visibles dans la ville.
En face, la tour-clocher de l’abbatiale du Ronceray, à l’origine du quartier, est en travaux. « La lumière et les perspectives sont extraordinaires, note la guide, il n’y en a que deux de ce type en France. » L’édifice a pourtant changé depuis sa construction, sous l’impulsion des religieuses qui l’habitaient. « Au XIe siècle, dérangées par les pèlerinages de la fête-dieu, elles clôturent une partie du bâtiment et relèvent le niveau du sol. »
Au XVIIe siècle, Louis XIV prive Angers d’une partie de ses avantages pour punir les Angevins de leur insolence lors de la Fronde. Si la ville s’endort, la vie religieuse est toujours très vive dans la Doutre, où s’installent 13 nouvelles communautés. Deux siècles plus tard, alors que l’urbanisation gagne la rive gauche, la Doutre reste un lieu sombre et dangereux.
Depuis, la tendance s’est inversée. « Aujourd’hui, c’est du dernier chic d’habiter la Doutre ! », plaisante la guide. En 1990, le projet d’un architecte parisien est retenu.
L’objectif est d’urbaniser 9 hectares du quartier Balzac, en plus de l’aménagement des jardins du même nom. Aujourd’hui, la mission est accomplie. La Doutre est le quartier le plus cher, après l’hyper-centre d’Angers : le prix au mètre carré flirte avec « les 2 200 € pour de l’ancien ». Parole d’agent immobilier.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 14 août 2008)

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