Le papy repenti écoulait des faux-billets
Publié par Paul Gypteau dans Info locale, JusticeDéjà condamné, l’ancien grand bandit utilisait des faux-billets dans des pharmacies. Hier, le tribunal correctionnel d’Angers l’a condamné à un an de prison.
Le président du tribunal jette un oeil au casier judiciaire du prévenu et se tourne vers lui. « C’est impressionnant. Allez-vous vous ranger un jour définitivement ? » Le magistrat énumère les condamnations. « Vol avec port d’armes, association de malfaiteurs, violence à magistrats avec intention de donner la mort, escroqueries, vols qualifiés, émission de chèques sans provisions… » Claude Dumas ne tique pas. Propre sur lui, rasé de près et cheveux blancs plaqués en arrière, le prévenu de 73 ans porte une chemise bleu clair avec élégance. « Je reconnais tout », répond-il sobrement au tribunal.
S’est-il repenti pour autant ? Pas vraiment. Interpellé le 26 septembre 2007 à Cholet, cet homme établi à Besançon écoulait des faux-billets. En août et septembre 2007, il a utilisé plusieurs fausses coupures de 50 € dans des pharmacies. Deux billets dans des officines du Massif Central, un à Cholet et deux à Saumur. Si l’origine des billets reste inconnue, le prévenu reconnaît les avoir « achetés à moitié prix à un ami dans la région parisienne. »
« Cinq billets ! Ce n’est pas l’affaire du siècle, argue le président, vous bénéficiez d’une liberté conditionnelle et là, vous rechutez ! » Car outre une peine de prison à perpétuité prononcée en 1971, cette ancienne figure du grand banditisme a déjà été condamnée à un cumul de 92 années de détention. Il en a passé 37 derrière les barreaux avant de bénéficier d’une liberté conditionnelle en 2003.
« C’est le geste stupide et imbécile d’une personne perdue qui n’est pas consciente de la réalité, plaide son avocate, Me Cécile Bonneman. Claude Dumas a perdu ses repères et n’a pas su faire face à ses problèmes de gestion financière, alors même qu’il avait accumulé 5 000 € en travaillant en prison. En raison de sa condition physique et de son éloquence, il fait penser au truand d’antan, mais c’est un vieillard qui perd la tête et qui a des trous de mémoire. Il n’avait pas commis d’effraction depuis 1991. Je vous demande une grande clémence pour ne pas réduire à néant le chemin parcouru. »
Le tribunal n’a pas entendu l’appel de l’avocat et a condamné le vieil homme à 12 mois de prison ferme.
Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 8 août 2008)

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