Arrivés en 1971, Paulette et Émile Perdriau n\'ont pas quitté leur maison de gardes-barrières depuis et doivent partager leur quotidien avec le va-et-vient des trains.

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J’habite un lieu insolite. Cheminots retraités, Paulette et Émile habitent encore sur le passage à niveau où ils travaillaient jadis. Bercés par les trains qu’ils ne remarquent plus.

10 h 44 sur le PN 270, un jeudi. PN pour passage à niveau. Un TGV duplex fend l’air et s’élance à toute allure vers Nantes. Nous ne sommes pas dans une gare. Enfin, pas vraiment. Bienvenue chez Paulette et Émile Perdriau, anciens cheminots de leur état et heureux propriétaires d’une maison de garde-barrières à La Possonnière.

Coquette maisonnette qui, fonction oblige, a poussé à quelques mètres de la voie ferrée. Au bord des lignes Nantes-Paris et Angers-Cholet. Un salon, une cuisine, trois chambres et un garage. Le tout tient sur 60 m², sans oublier le potager de 520 m². Ça ne paie pas de mine mais « c’est quand même le paradis, sourit Émile. Habiter à 300 m de la Loire quand on est chasseur et pêcheur comme moi, que demander de plus ? »

 

Rachetée 90 000 francs 

 

Cette petite maison est intimement liée à la carrière professionnelle du couple. « Tout a commencé en 1971. Après 20 ans aux chemins de fer, j’ai eu de l’avancement et j’ai été nommé chef de canton à La Possonnière. Ma femme tenait un passage à niveau à Chemillé. Elle m’a rejoint ici pour passer titulaire du PN 270. » Quand le passage à niveau est supprimé, quatre ans plus tard, Paulette remise sa casquette de garde-barrières pour s’occuper de ses enfants.

La retraite d’Émile sonne en 1985. « Les chemins de fer ont refusé de me vendre la maison. » Un refus à contre-courant de la politique de l’époque. Le milieu des années 1950 marque l’avènement du rail et le remplacement des gardes-barrières par des passages à niveau automatisés. La compagnie ferroviaire vend les terrains dont elle n’a plus l’utilité. « Mais quelques mois plus tard, un collègue me téléphone pour m’avertir que la maison est en vente », se souvient Émilie. Une aubaine. Paulette et Émile revendent « en catastrophe » la maison de Chalonnes achetée dix ans auparavant pour couler leurs vieux jours.

L’acte est signé pour 90 000 francs. Une affaire ? Pas si sûr. « Les réparations nous ont coûté le double ! Il fallait voir l’état de la maison ! L’enduit seul a coûté 45 000 francs. » Ravalement de façade, fenêtres isolantes, réfection des plâtres et de la tapisserie… Le couple met les petits plats dans les grands pour faire de cette maison, construite en 1866 pour l’ouverture de la ligne Paris-Nantes, un « endroit fonctionnel ». Aujourd’hui, la maison a « bien changé, il y a toujours quelques travaux à faire, mais ça n’a plus rien à voir.

Alors, bien sûr, si la maison de gardes-barrières n’a plus d’utilité, le trafic des trains, lui, a gagné en importance. « Combien passent chaque jour ? C’est une bonne question, on ne compte plus ! s’amuse Paulette. Environ 150, même un peu plus. Ça se calme à minuit puis ça reprend vers 6 h. » Et le bruit ? « On n’y fait même plus attention ! C’est seulement quand il faut monter le son de la télé qu’on s’en aperçoit. Et puis maintenant les trains sont plus rapides donc ils passent plus vite. » Un avantage du TGV que seuls les voisins des rails savourent.

 

Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 3 août 2008)

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