Village de l\'Espoir - Jacques DerooLe village de bungalows d’Ivry-sur-Seine héberge une soixantaine d’anciens sans-abri. Période de transition entre la rue et la vie normale, l’association permet à ces gueules cabossées de s’ancrer dans la réalité. Recette d’une formule atypique.

Ivry-sur-Seine, jeudi dernier. Jacques Deroo reçoit dans son bureau. Cheveux poivre et sel plaqués en arrière, sweat bleu qui découvre une chemise à carreaux et barbe épaisse, le coordinateur du Village de l’espoir allume une cigarette et annonce la couleur. « Ici, les résidents ne sont pas pris en charge à 100 %, chacun participe. On ne s’occupe ni de la nourriture, ni du transport. Il faut les préparer à leur vie après leur séjour. »

Les 30 mobil-homes du village ne sont pas des gîtes de vacances. Chacun met la main à la poche à hauteur de ses possibilités, « 60 euros par mois pour une personne seule, 90 euros pour un couple » précise Jacques Deroo. C’est l’un des moyens utilisés pour responsabiliser la soixantaine de locataires atypiques.

La structure tire sa raison d’être de ce constat : pour reprendre pied, il faut (ré)apprendre l’autonomie. Lors de son arrivée, le locataire signe un contrat d’hébergement, l’équivalent d’un bail. « Il y a état des lieux, signature de contrat et remise des clés » pointe Jacques Deroo. Tout est fait dans les formes pour coller à la réalité. Cet ancien sans-abri, qui a passé quinze mois dans la rue, connaît son sujet.

« Ici c’est la vraie vie »

Seul le va-et-vient du RER dont la ligne jouxte le terrain trouble le calme ambiant. La plupart des résidents ont déserté leurs bungalows pour se rendre au travail. Un élément clé vers l’autonomie. Au cœur de l’après-midi, le village affiche une quiétude qui contraste avec l’activité décrite par son coordinateur.

Lors de l’ouverture du Village fin mars dernier, 5 % des résidents travaillaient. Ils sont aujourd’hui plus de 70 %. Beaucoup sont embauchés dans le secteur du bâtiment, d’autres sont intérimaires. Ceux qui peinent à redémarrer sont orientés vers une structure partenaire où ils participent à des ateliers professionnalisants.

Village de l\'Espoir - Jacques Deroo

Liliane Gabel, Coralie Mallet, Marco Russo et Patricia Deroo sont employés au Village.

Se réinsérer en travaillant n’est pas l’unique credo du Village de l’espoir. Pour permettre à ces rescapés de la rue de remettre le pied à l’étrier, une pléiade d’acteurs sociaux les entoure. Coralie Mallet, conseillère en économie sociale et familiale, en fait partie. Avenante et motivée, la jeune femme de 24 ans ne ménage pas ses efforts. De l’ouverture des droits sociaux des résidents à la tenue de leur budget en passant par un rôle de confidente, son périmètre d’action est large. « Au début c’est difficile, les personnes n’ont plus de repères, il faut les recadrer », explique le brin de jeune femme. Mais la recette porte ses fruits. « Aujourd’hui, sept personnes sont en CDI et dix en CDD. »

Pas d’argent, pas de tournée de linge

Si le Village offre un toit pour un prix symbolique, y séjourner n’est pas une finalité. L’accent est mis sur la réalité. Cet apprentissage passe aussi par une philosophie de vie. « Si on casse, on paie. Si on a pas d’argent pour la machine à laver alors pas de tournée de linge » lâche Coralie Mallet, qui ajoute toutefois que les exceptions sont nombreuses. Une rigueur de façade qui jette les bases de la pédagogie de l’association. « Ça nous permet de travailler sur la gestion du budget. Si au 15 du mois quelqu’un vient me dire que ses comptes sont dans le rouge, on en tire les conclusions pour faire mieux le mois d’après », explique Coralie Mallet.

Village de l\'Espoir - Jacques Deroo

Jacques Deroo, coordinateur du Village.

Site pilote à son ouverture, ce village improbable a aujourd’hui fait ses preuves. Il est financé par l’association Cœurs des Haltes, qui elle-même perçoit des subventions publiques et des dons. Mais faute de places, l’accueil de nouveaux locataires reste très limité. Mais l’association reste optimiste. 118 villages devraient ouvrir partout en France avant la fin 2008, dont cinq en Ile-de-France avant la fin de cet l’hiver. « Le bilan va bientôt être tiré » tonne Jacques Deroo. Un ultimatum en forme de menace. « On a prévenu les pouvoirs publics. Si au 15 décembre le nombre de place disponibles pour les sans-abri n’augmente pas, 1 000 camping-cars de toute l’Europe convergeront sur Paris pour former le plus grand centre d’hébergement de France. » On doute que le gouvernement apprécie de voir débarquer une cohorte de camping-cars sur les Champs-Élysées.

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