Jennifer : « Dès que je m’en sors, je fonce ! »
Publié par Paul Gypteau dans Après la rue, Info locale-
« Je m’en souviendrai toujours. C’était l’hiver 2006. En rentrant du sport ce soir-là, ma mère m’a dit de prendre mes affaires et de partir de la maison. Tout ça à cause d’une histoire d’argent où je n’y suis pour rien. Du jour au lendemain, c’était l’incompréhension. J’ai passé 15 jours dans la rue à Montreuil-Juigné, à côté de chez moi, il faisait très froid. Je ne connaissais pas encore le 115 à cette époque.
Puis je suis arrivée au foyer des Petites-Maisons pour ne pas devenir une charge pour ma meilleure amie qui m’hébergeait. J’avais l’impression d’être face à un mur. Je ne voulais parler à personne, j’avais peur de plonger avec les autres qui étaient ici. Peur des échecs et du regard des autres. Avec le recul je réalise que je dois beaucoup aux éducateurs et aux autres résidents. Certains ont été comme une seconde famille pour moi. Quand on est sans nouvelles de ses proches pendant deux ans, ça fait du bien.
Mon aventure a fait naître le goût des autres. Je commence à être connue ici. Quand les demandeurs d’asile viennent me voir plutôt que les animateurs, ça fait plaisir ! Je suis aussi présidente du conseil de la vie sociale du foyer. On réfléchit à trouver de nouvelles activités pour occuper tout le monde. Sinon, toutes les semaines se ressemblent et tous les week-ends sont pareils. On a déjà organisé des jeux, du sport et des sorties à l’extérieur. Pas mal, non ?
Aujourd’hui, j’ai terminé toutes mes démarches. J’attends le feu vert de la mission locale à la fin du mois pour suivre une formation. J’ai envie de travailler dans le commerce ou les espaces verts et de quitter le centre pour m’installer dans un foyer de jeunes travailleurs. En attendant, je vivote. Je touche entre 120 € et 150 € par mois : ce n’est pas le grand luxe mais je fais avec.
Mon regard sur le monde autour de moi a changé. Je ne comprends toujours pas pourquoi mes amis m’ont lâchée. Juste parce qu’ils avaient honte d’avoir une amie SDF. C’est dégueulasse ! Tous, sauf ma meilleure amie. Je lui dois beaucoup.
Mon rêve aujourd’hui ? Aller rendre visite à ma grand-mère dans le sud et d’arriver la tête haute pour lui montrer que j’ai réussi à m’en sortir. Dès que je m’en sors, je fonce ! »
Recueilli par P.G.
(Ouest-France, le 19 août 2008)

Bulletins (RSS)