Le collectif des morts de la rue rend hommage aux SDF
Publié par Paul Gypteau dans Après la rueDes femmes. Des hommes surtout. Des anonymes aussi. Leur âge, quand il est connu. Hier soir, le collectif des morts de la rue a égrené les noms de ces 150 sans-abri décédés depuis six mois en France.
Sur la place des Innocents, dans le quartier des Halles, au coeur de Paris, le collectif a disposé des bâches de plastique blanc découpées en forme de silhouettes. Peu avant 18 heures, certains de ses membres approchent du public qui commence à se masser.
« Mesdames, vous voulez porter l’affiche d’un mort de la rue ? » lance avec conviction cette militante aux épais gants de laine. Les deux septuagénaires échangent un regard intrigué. « On ne va pas rester, il fait trop froid ce soir, mais bon courage ! », répondent-elles avant de tourner les talons. La bénévole se vexe : « Eux aussi ils ont froid. Eux aussi ! Vous ne privez personne, vous savez ! »
Un peu plus loin, la bénévole qui distribue ces panneaux sandwich trouve preneur. Sur chaque face, un nom –ou simplement « un homme »–, la date et le lieu où ces naufragés de la misère ont péri.
« Nous avons choisi la place des Innocents pour nous réunir ce soir. C’est ici qu’on enterrait les indigents de Paris avant la Révolution » lance Christophe Louis, le président du collectif, pour ouvrir la commémoration devant environ 300 personnes. Peu après, plusieurs membres du collectif se relaient pour lire à haute voix les noms des 150 sans-abri morts « de la rue » au cours des six derniers mois.
Le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, a également assisté à la commémoration. Alors qu’il discutait avec des sans-abri –entouré d’une forêt de journalistes– plusieurs personnes du collectif des sans-logis ont brandi des pancartes où l’on pouvait lire « Boutin démission » ou encore « Boutons Boutin ».
Sérieusement chahuté et pris à partie par ces militants, Martin Hirsch, qui n’était visiblement entouré d’aucun service de sécurité, a dû se retrancher dans la station de métro Châtelet de la place Sainte-Opportune, à une petite centaine de mètres de la fontaine des Innocents.
Augustin Legrand, figure de proue des Enfants de don Quichotte, s’est associé au message des militants du collectif des sans-logis et a dénoncé la politique du gouvernement.
A l’occasion de cette cérémonie très médiatique, le collectif a lancé un appel aux gouvernants en demandant la mise en place d’un « véritable plan d’urgence » et la définition à terme d’une « politique nationale de la grande pauvreté. »
Un plan d’urgence très attendu par la plupart des sans-abri, dont certains en ont donné leur vision.
Paul Gypteau (images de Mélinda Trochu/CFJ)
Tags: augustin legrand, martin hirsch, morts de la rue, sans-abri, sdf, Social
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