Instant de détente après le dîner en jouant aux Petits chevaux. L’un des seuls moments de répit de la journée.

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17 h 30, mercredi dernier, cour des Petites-Maisons, à Angers. La porte du centre d’hébergement d’urgence s’ouvre. Jean-François Pasquier, Fayçal et Pascal, trois éducateurs en poste ce soir-là, se préparent à accueillir les sans-abri qui demandent le couvert, une douche et un toit. Un peu de chaleur humaine, aussi.

« Ce soir, c’est plutôt calme, constate Jean-François, adossé à la façade du bâtiment. Parfois il y a la queue à l’entrée. » Une demi-heure plus tard, la porte se ferme. Fin de l’accueil.

18 h 15. Dans le bureau, un nouvel arrivant s’assied. Sergueï (1) est Tchétchène, il a 22 ans. Il plonge la main dans son sac et sort son titre de séjour, délivré par l’Office de protection des réfugiés et des apatrides. « Une femme ? », demande Fayçal. « Célibataire » répond le garçon dans un français hésitant. Ses yeux clairs illuminent un visage d’enfant trop vite propulsé dans la misère. « Déjà venu ? ». Silence. « Première fois. » Fayçal note. « OK, je te mets chambre 4. Je vais t’accompagner. »

18 h 30. Un résident toque à la porte. « Vous savez s’il y a un foyer à Noyant ? »
La soirée est calme. « C’est trompeur, ça peut virer à tout moment », confie Fayçal. « Il faut gérer des situations différentes et déjouer les conflits. On fait attention à mixer les groupes pour qu’aucun ne devienne dominant », complète Jean-François.

19 h. Dans la salle à manger, la télé est allumée. Au menu ce soir : avocats mayo, poulet haricots verts, flans et café. C’est le moment clé de la soirée pour la plupart de ces hébergés qui ont passé la journée à errer dans la rue ou à mener leurs démarches administratives.

19 h 20. La salle se vide. Direction la petite cour intérieure. Cigarette à la main, certains jouent à la belote. D’autres sont assis par terre et discutent dans plusieurs langues. C’est une tour de Babel, la misère ne connaît pas de frontières. Posé sur la table, le portable d’une jeune fille crache un son saturé. « À quoi sert le bonheur s’il n’est pas partagé ? » scande pour la énième fois un rappeur. Morceau suivant : Mika. Un carton dans les boîtes cet été. Refrain : « Love, love me. » Un rythme strass et paillettes branché. Mais pour eux, un décalage bien singulier quand on sait qu’ils devront quitter le foyer à 8 h 30 au plus tard le lendemain matin. « Love, love me. »

(1) Le prénom a été changé.

Paul GYPTEAU.
(Ouest-France, le 19 août 2008)

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