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Un parterre de célébrités a défilé hier soir sur France 2 pour la soirée spéciale du Sidaction. Mais les malades du sida, principaux intéressés, manquaient au rendez-vous. Ni reportage ni témoignage pour illustrer leur quotidien. Au risque de rendre le virus invisible et de diminuer la générosité des téléspectateurs.

Line Renaud a de nouveau endossé son costume de grande maîtresse de cérémonie pour présenter hier la soirée spéciale du Sidaction. L’édition 2008 a réuni une kyrielle de personnalités du show-biz, chanteurs, acteurs, présentateurs et humoristes. Un grand show baptisé « Les stars chantent ensemble contre le sida », diffusé en direct sur France 2. But de la soirée : lancer un appel aux dons, redistribués pour moitié aux associations d’aide aux malades et pour l’autre moitié à la recherche.

Des duplex en direct du centre d’appel du 110, qui enregistre les promesses de dons, entrecoupent les chansons. Les invités de la soirée interviennent aussi régulièrement pour chiffrer les besoins. Cet effort de transparence détaille les actions conduites par le Sidaction. Ainsi, 35 € suffisent à assurer la prévention de 30 adolescents sur les risques liés au sida, 100 € financent un atelier d’insertion pour un séropositif pendant un an et 200 € offrent une semaine de vacances à un enfant dont les parents sont malades. Des messages clairs pour rassurer les donateurs sur l’utilisation de leurs dons.

Mis à part des chiffres assez complets sur l’état de l’épidémie aujourd’hui, distillés à points réguliers, l’émission ne fait aucune place aux personnes contaminées. Ni témoignage, ni reportage. Au risque de rendre la maladie invisible. Choix regrettable pour un Sidaction placé cette année sous le thème de « l’égalité des chances ». Quelle meilleure occasion pour suivre le quotidien d’un malade, le combat de ses proches ou les inégalités d’accès à l’emploi quand on est sidéen ? La soirée se réduit à un grand show musical à la Patrick Sébastien. Pas de relief. La réalité du terrain est absente du plateau.

Si le Sidaction a choisi de rendre cette soirée plus festive que dramatique, d’autres émissions réparties sur les trois jours de la manifestation se sont penchées sur les drames causés par la pandémie. Mais c’est un choix à contre-emploi. La soirée spéciale d’hier était le point fort du week-end pour lancer un appel au porte-monnaie et insister sur la prévention. Ces messages sont restés superficiels. Trop mous pour saisir le spectateur. « On ne vous le répètera jamais assez dans cette émission, appelez le 110 », insiste Line Renaud. La chanteuse Lorie lâche, sans conviction, « en attendant le vaccin, protégez-vous ». Ce n’est pas le « voyage musical », évoqué par la présentatrice Françoise Laborde en parlant de la soirée, qui suffit à marquer les esprits ni à déclencher un élan de générosité.

On est loin du spot de publicité du Sidaction 2007. Dans cette vidéo choc (voir ci-dessous) où des couples font l’amour dans un sablier, une personne meurt toutes les 10 secondes et tombe dans le charnier des victimes du virus. Une situation marquante – mais bien réelle – qui frappe les esprits.


Autre combat, autres choix. Le Téléthon n’hésite pas chaque année à consacrer des reportages aux malades et à faire témoigner des dizaines d’enfants malades sur ses plateaux. Ce parti-pris touche la corde sensible du téléspectateur et accroît sa générosité. Sans comparaison décalée, dans son édition 2007 le Téléthon a enregistré plus de 96 millions d’euros de promesses de dons. Le Sidaction plafonne à 6 millions. 16 fois moins pour combattre le virus dont souffrent 33 millions de personnes dans le monde. C’est ce qu’a dénoncé Pierre Bergé, le président de Sidaction, en s’adressant aux téléspectateurs. « Vous êtes souvent sollicités, nous le savons, mais la vie de millions de personnes est en cause ».

Si c’est la seule solution, il faut choquer les esprits pour déclencher la prise de conscience. Les images dramatiques du tsunami qui a ravagé une partie de l’Asie du Sud-Est, tuant 230 000 personnes en décembre 2004, l’ont prouvé. L’élan de générosité a été à la mesure de l’événement. 10 milliards d’euros ont été récoltés, dont 300 millions en France. À tel point que les organisations humanitaires n’ont pas su comment utiliser tout cet argent. Un élan similaire est nécessaire pour faire avancer la recherche sur le sida.

Cette soirée spéciale est à saluer. Mais elle a raté le coche. L’émission d’hier est passée à côté du tremplin médiatique offert par une plage de prime time. Ne pas donner la parole aux séropositifs ni aux malades du sida – y compris en phase terminale – c’était ne pas insister sur l’urgence des dons. En attendant, le temps défile toujours aussi vite dans le sablier.

article paru sur lecourant.info

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  • 33 000 000 personnes contaminées aujourd’hui dans le monde (68 % en Afrique subsaharienne)
  • 25 000 000 morts depuis la découverte du virus il y a 25 ans
  • 2 100 000 morts en 2007 (1 mort toutes les 10 secondes)
  • 52 % des malades sont des hommes, 48 % des femmes, 10 % des enfants
  • 2 000 enfants de moins de 15 ans sont infectés chaque jour
  • 95 % des malades dans le monde n’ont pas accès à un traitement efficace
  • 150 000 personnes sont séropositives en France, 27 000 vivent avec le sida
  • 20 personnes apprennent leur séropositivité chaque jour en France (50 % sont déjà gravement malades lors du diagnostic)
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Abdel El Ahmer, le patron d’un bar à chicha parisien, est en grève de la faim pour dénoncer le décret anti-tabac qui vise ce type d’établissements. Son chiffre d’affaires s’est effondré et il en appelle au président de la République pour sauver son commerce.

Il prévient. « J’irai jusqu’au bout ». En grève de la faim depuis le 16 février, Abdel El Ahmer n’abandonnera pas la bataille. Chech rouge vissé sur la tête, lunettes noires, barbe foncée et visiblement affaibli après ce 25e jour de grève de la faim, il ne décolère pas. En cause, le décret anti-tabac appliqué en France depuis le 2 janvier qui interdit de fumer dans les bars et restaurants.

L’activité même des bars à chicha est donc directement mise en cause. « Houara Lounge », le bar d’Abdel El Ahmer situé dans le 14e arrondissement de Paris n’échappe pas à cette situation, tout comme ses 300 confrères d’Ile-de-France.

Au cours d’une conférence de presse tenue mardi aux côtés de sa femme Christine et de proches, il a déclaré avoir perdu 70 % de sa clientèle depuis l’entrée vigueur du décret le 2 janvier. Un habitué du bar modère cette estimation. « Il y a toujours autant de monde qu’avant, mais ce sont surtout des habitués et des amis du patron », confie le jeune homme en aspirant une bouffée de son narguilé.

La situation des bars à chicha est catastrophique. Au 1er janvier, la France comptait 800 bars à narguilé, dont la moitié en Ile-de-France. Depuis, environ un tiers a fermé ou s’est reconverti et les autres ont enregistré une baisse de leur chiffres d’affaires de 50 % en moyenne, selon l’Union des professionnels du narguilé. Lui-même en infraction, il risque une amende de 68 euros.

Dans cette situation paradoxale, impossible de sortir la tête de l’eau avec un remboursement de « 3 600 euros par mois » (crédit et loyer du bar). « Ou qu’ils nous indemnisent ou qu’ils nous laissent travailler tranquillement », tonne le franco-marocain qui a ouvert son établissement en 2005. Mais les pouvoirs publics font la sourde oreille et les nombreux courriers qu’il a envoyés sont restés lettre morte. « Alors je n’ai pas d’autre choix que de faire une grève de la faim ».

« Le narguilé est un concentré des valeurs républicaines »

La déception des bars à chicha est d’autant plus forte que les buralistes ont eux été entendus par le ministère de la Santé qui discute actuellement d’une possible sortie de crise. Leur chiffre d’affaires est en berne. Les ventes de cigarettes ont baissé de 6,3 % en janvier dernier par rapport à janvier 2007, selon « Le Losange », la revue professionnelle des buralistes.

Le maire PS du 14e arrondissement, Pierre Castagnou, a officiellement apporté son soutien à Abdel El Ahmer en lui remettant un courrier mardi après-midi. L’édile estime notamment qu’une indemnisation doit être accordée aux bars à chicha.

À l’occasion de cette rencontre avec la presse, le gréviste de la faim a fait intervenir le chercheur en tabacologie Kamal Chaouachi. Arrêté dans ses positions, le consultant de l’université Paris XII a tenu un discours à charge en nuançant la dangerosité de la chicha (voir encadré).

Pour expliquer cet acharnement, « l’auteur de la critique officielle du premier rapport d’experts de l’OMS sur le narguilé », selon ses termes, y voit la main de grands groupes industriels. « Je soupçonne l’industrie pharmaceutique d’être derrière cette campagne de mystification ». Ces firmes « mènent un combat maccarthyste », a-t-il ajouté.

Kamal Chaouachi met aussi en avant le lien social tissé par le narguilé. « Le narguilé est un concentré des valeurs républicaines, c’est un calumet de la paix », a avancé le chercheur, qui fait feu de tout bois pour appuyer son raisonnement.

Malgré ces soutiens, Abdel El Ahmer est toujours dans l’impasse. Il en appelle au président de la République pour sortir les bars à chicha de cette situation inextricable.

Seule amélioration depuis le début de sa croisade, la police a cessé ses incursions dans son bar et n’a jamais verbalisé ses clients pris le tuyau à la bouche. « Le premier jour, ils sont venus à douze pour m’impression et intimider ma clientèle, aujourd’hui ils ne me mettent plus la pression ».

Eclairage

Aucune étude fiable sur le narguilé

Le débat qui voit s’affronter les pro et les anti-narguilé souffre d’un absent notable : une analyse fiable sur la consommation de la chicha. L’unique étude réalisée à ce jour est celle du professeur Bertrand Dautzenberg, qui a publié Tout ce que vous ne savez pas sur la chicha, en 2006, co-écrite avec Jean-Yves Nau. Le chercheur affirme notamment que la consommation du narguilé est aussi nocive que la cigarette.

Cette étude, qui a fait beaucoup de bruit, est contestée par d’autres professionnels du tabac. C’est le cas du professeur Robert Molimard, tabacologue à Villejuif. « Ce n’est pas de la science, l’étude du professeur Dautzenberg a été faite en dépit du bon sens », s’indigne le président de la société de tabacologie. Il estime que l’expérience, conduite avec des machines à fumer, n’est pas réaliste.

Le médecin explique aussi que la nocivité entre cigarette et narguilé n’est pas comparable. En revanche, si la fumée de la chicha est moins concentrée que celle de la cigarette car elle est filtrée par l’eau, la combustion du charbon du narguilé est nocive.

« Le narguilé a été déclaré épidémie mondiale dans les sphères de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), mais cette photo est un trucage », a déclaré Kamal Chaouachi durant la conférence de presse en brandissant un poster de sensibilisation (ci-contre) réalisé par l’Institut national de prévention et d’éducation de la santé (INPES), qui montre un narguilé d’où s’échappent des volutes de fumée blanche.

« Des médecins affirment qu’une session de narguilé équivaut à 40 cigarettes, mais c’est faux. Le tabac utilisé est mélangé à de la mélasse et n’est pas brûlé directement comme une cigarette, ce qui ne permet pas le dégagement des substances toxiques, explique-t-il avant d’ajouter que « tout n’est pas noir et tout n’est pas blanc ».

Il dénonce les études publiées récemment, partiales selon lui. « Les études de l’OMS sont biaisées car elle n’incluent pas les résultats qui modèrent la nocivité du narguilé ».

En l’absence d’étude fouillée et objective – qui analyse en détails les composants de la fumée de la chicha – les théories les plus diverses s’affrontent sans données objectives pour les départager.

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