
Trois fauteuils club, un ampli et une guitare électrique : bienvenue dans le salon de Patti Smith. La star du punk-rock américain des années 1970 s’est installée à la fondation Cartier. Elle expose 50 dessins et 250 photos. À savourer jusqu’au 22 juin.
On connaissait la Patti Smith indomptable, cheval fougueux qui enflammait la scène punk-rock américaine dès les années 1970. Mais on ignorait la production extra musicale de cette figure libre pour qui « le rock est politique ». La chanteuse s’est installée au sous-sol de la Fondation Cartier, à Paris, « pour constituer un ensemble qui donne aux gens l’envie de produire à leur tour leurs propres Å“uvres ».
L’exposition réunit une série d’objets personnels de l’artiste et surtout une collection de 250 photos prises avec un vieux Polaroïd Land 250, qui a donné son nom à l’exposition. Les pantoufles du photographe Robert Mapplethorpe, son amour de jeunesse, le lit de Virginia Wolf, la machine à écrire de Hermann Hesse, les couverts d’Arthur Rimbaud. Patti a toujours voué un culte sacré au poète à la mèche rebelle qui reste une de ses inspirations notoires. Dans son journal intime, présenté au visiteur à deux pas d’une photo de la tombe de l’artiste, elle signe une épitaphe en forme d’hommage. « Rimbaud was a Rolling Stone, he was damn so young » (’Rimbaud était un homme sans attaches, il était bien trop jeune’). Un peu plus loin, elle fait part de ses réflexions sur la vie. « How predictable we are unless we get killed ». (’Comme nous sommes prévisibles jusqu’à ce que la mort nous rappelle’)
La rock star livre aussi des photos naturalistes prises entre 1967 et 2007. Des statues, des tombes, des cimetières, des églises, des façades d’hôtels. Mais aussi des images plus vivantes : artistes, passants, proches, dont une photo surprenante de son fils qui porte un énorme tatouage de son père sur le bras.
La voix monocorde et saccadée de l’artiste commente des vidéos. Voyage introspectif à New York, la ville où elle a gratté sa première guitare, la vie en mouvement dans des endroits revisités de Paris, comme le métro ou encore des scènes de la vie nocturne de la capitale. On peut prendre le temps de décortiquer ces courts-métrages en s’asseyant au centre de la salle. « J’ai apporté des fauteuils et des tapis de chez moi pour que les gens se sentent à l’aise ».
La photo a donné une seconde vie à la grande pythie du rock. À la fin des années 1980, le deuil l’accable : Robert Mapplethorpe, Richard Solh, son ex-pianiste et Todd, son frère. En 1994, une crise cardiaque emporte son mari, Fred Sonic Smith, ancien guitariste du groupe protopunk MC5. Telle une survivante, Patti se raccroche à la photo pour exorciser cette période tragique. Son Polaroïd en bandoulière, elle immortalise les scènes de vie qui la touchent. « Ce fut une façon de me rétablir, de proclamer ma confiance et cela m’a rendue heureuse. La photo a été ma rédemption. J’ai besoin d’avoir des moments où je ne suis pas concernée par le monde, où je suis juste connectée avec moi-même et non pas à la Patti attachée à ses responsabilités, à sa famille, à son groupe, des moments où je me fais plaisir. C’est ce que les photos m’apportent. Donc, dans un sens, les photos sont sans doute ma part la plus personnelle », déclarait la chanteuse dans les colonnes du Monde en mars dernier.
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Patti Smith, Land 250, jusqu’au 22 juin à la Fondation Cartier, à Paris.
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article publié sur lecourant.info
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