À quatre mois de l’ouverture des Jeux olympiques de Pékin, le régime chinois est sous le feu de la critique. Les associations de défense des droits de l’Homme dénoncent la ligne dure de la Chine et appellent au boycott, sur fond de conflit avec le Tibet. Partagées entre intérêts économiques et idéaux humanistes, les démocraties occidentales restent indécises sur la conduite à tenir. Explications.
L’image a fait le tour du monde. Lundi, dans la ville grecque d’Olympie, trois militants s’approchent de la tribune où le président du Comité olympique chinois prononce le discours d’allumage de la flamme. Ils déploient une banderole noire où cinq menottes imitent les anneaux des Jeux olympiques, avant d’être immédiatement arrêtés par des policiers. C’est Reporters sans frontières qui signe l’action coup de poing. Echaudée par la répression au Tibet, l’association de défense de la liberté de la presse passe à l’offensive et appelle au boycott de la cérémonie d’ouverture prévue le 8 août.
Alors que 53 % des Français sont favorables au boycott de cette cérémonie, 55 % refusent le boycott sportif, selon un sondage CSA réalisé le 20 mars dernier. L’histoire a déjà prouvé qu’un rejet des Jeux est possible. En 1980, les Etats-Unis refusent de concourir à Moscou pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques. Ils sont suivis par 64 délégations. Renversement de vapeur quatre ans plus tard aux Jeux de Los Angeles. En signe de représailles, le drapeau soviétique ne flotte pas sur les stades.
Depuis, la prudence diplomatique est de rigueur. Et plus encore avec la Chine. Les démocraties occidentales, dont beaucoup possèdent des avoirs émis par l’empire du milieu, ne veulent pas se fâcher avec leur créancier.
L’idée du boycott n’est pas nouvelle. Elle naît au Darfour en 2003, au début du conflit qui ravage l’ouest du Soudan. La Chine scelle des accords commerciaux lucratifs avec le régime de Khartoum qui lui vend son or noir. Cette manne financière sert à alimenter la guerre qui décime la région. L’Occident, qui dénonce l’implication de la Chine dans le conflit, rechigne à déserter les Jeux de Pékin. « Si les délégations boycottent les jeux, le gouvernement chinois utilisera cette position en disant à son peuple : ‘Voyez, le monde ne veut pas que nous relevions la tête’. Il jouera sur la fierté nationale, une idée qui plaît aux classes moyennes émergentes », analyse Jean-Philippe Béjà , chercheur au Centre d’études et de recherches internationales. Alors faut-il y aller et se taire ? « Au contraire, en y allant, on peut braquer les projecteurs sur les problèmes chinois et créer un débat », ajoute le chercheur de Sciences Po. « Mais le problème n’est pas la question du boycott : il ne fallait pas leur donner les Jeux ».
Lorsque le Comité international olympique (CIO) attribue les Jeux à la Chine en 2001, les puissances occidentales parient sur la démocratisation du régime communiste. En plein boom économique, on espère que l’ouverture économique du pays se traduira par une ouverture politique. Constat d’échec : Pékin n’infléchit pas sa ligne.
« Le boycott, ça peut détruire une carrière »
Face à la grogne de plusieurs ONG – Amnesty International et Reporters sans frontières en tête – les dirigeants politiques sont sommés de réagir. Nicolas Sarkozy sort de son silence mercredi et ouvre la voie au doute. « Toutes les options sont ouvertes », déclare le chef de l’Etat en faisant référence à un possible boycott. Un infléchissement de position qui traduit le malaise des hommes politiques. Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner juge l’idée d’un boycott « pas mauvaise, mais irréaliste ». Les membres du gouvernement évitent quant à eux les discours trop ‘marqués’. Dans l’opposition, Ségolène Royal se prononce pour « la menace » d’un boycott, Jack Lang est lui complètement « pour ».
Outre-Atlantique, le président américain George Bush a déclaré cette semaine qu’il assistera à la cérémonie d’ouverture le 8 août. Hollywood prend le contre-pied. Steven Spielberg démissionne de son poste de conseiller artistique de l’événement en février dernier en signe de protestation, le réalisateur ne cautionne pas la politique des droits de l’Homme menée par la Chine. Richard Gere et George Clooney, suivis par une pléiade de personnalités du septième art font front commun pour dénoncer la ligne dure de Pékin.
Premiers concernés, les sportifs font davantage dans la retenue. Boycotter la compétition attendue depuis quatre ans est inconcevable. « Le boycott, ça peut détruire une carrière », résume Alain Bernard, double champion d’Europe de natation fraîchement médaillé à Eindhoven, aux Pays-Bas, mais rejeter la cérémonie d’ouverture serait « un signe fort des hommes politiques ». Le perchiste Romain Mesnil, vice-champion d’Europe et du monde, propose que les candidats au podium portent un ruban vert pour montrer leur « attachement aux droits de l’Homme ». Le CIO agite le bâton : toute manifestation politique est interdite dans une enceinte olympique.
À quatre mois du début des Jeux, les cartes sont dans les mains de Pékin. Le régime peut choisir d’assouplir sa position vis-à -vis du Tibet en ouvrant le dialogue avec le dalaï-lama, chef du gouvernement tibétain en exil. Un geste d’ouverture qui permettrait de consolider les relations diplomatiques et de rassurer les associations de défense des droits de l’Homme.
Tags: boycott, JO, pékin 2008






Bulletins (RSS)