En marge des débats organisés à l’occasion de la Journée du refus de la misère, qui s’est tenue le 17 octobre à Paris, plusieurs ateliers étaient dédiés aux enfants. Pour leur expliquer, grâce à des activités ludiques, ce qu’est cette misère à laquelle on consacre un rendez-vous annuel.
En contrebas de l’esplanade du Trocadéro, les toiles colorées sont légion. Un enfant s’avance vers l’animatrice en charge de l’atelier peinture et lui tend une vingtaine de tickets multicolores. « C’est la récompense » s’amuse Monique, qui les reçoit. « Par groupe de trois, les enfants prennent part à une dizaine d’activités sportives et reçoivent des tickets qui attestent de leur participation. C’est un prétexte pour qu’ils participent à toutes les activités. Ils viennent ensuite peindre sur le thème de la misère » ajoute la bénévole aux cheveux poivre et sel. Chaque toile sera ajoutée à la fresque géante installée autour du petit terrain de football improvisé, à deux pas de l’atelier. L’œuvre partira ensuite sur les routes de France pour être exposée. L’atelier de plein air est animé par des bénévoles de la Fédération sportive et gymnique du travail et d’ATD Quart-Monde. Une subvention de 19.000 euros versée par la SNCF le finance.
La peinture pour sensibiliser
« Cette journée est un partage. La peinture permet aux enfants livrer leur vision des choses » explique Michel, le peintre qui chapeaute l’atelier. L’artiste au pantalon d’arlequin caresse sa barbe havane, ajuste son béret bleu marine et poursuit. « À travers la peinture, les enfants doivent montrer qu’ils pensent aux autres ». « Des expressions ressortent sans qu’on leur dise », ajoute son épouse. Les mots « solidarité » et « respect » ainsi que des cœurs dessinés reviennent en effet sur de nombreuses toiles. Jonathan, une bouille ronde de 7 ans, s’approche du peintre et lui tend une assiette en plastique pour qu’il la remplisse de peinture. « Tu sais pourquoi tu es là ? Tu as des petits copains qui n’ont pas de maison ou qui n’ont pas de papa ou de maman ? » demande l’artiste, avec un accent qui roule comme la Garonne. Engoncée dans sa doudoune rose, la fillette répond par la négative. « Eh bien si tu veux, tu peux faire un dessin pour les enfants qui ont moins de chance que toi, pour leur réchauffer le cœur » L’enfant acquiesce, récupère son matériel et se dirige vers une toile vierge. « La peinture doit aussi servir à sensibiliser les jeunes à la misère, c’est un moyen comme un autre » confie l’homme, visiblement satisfait.
Transmettre le message aux jeunes
Sur le chevalet voisin, une mère de famille trempe la paume de sa main droite dans une assiette de peinture rouge et la pose sur la toile. « L’empreinte, c’est symbolique, c’est le signe d’une action qui dure » explique Leïla, 40 ans. Originaire de Valenciennes, le brin de femme a fait le déplacement aujourd’hui pour la circonstance. « C’est la première fois que j’emmène mes enfants à Paris, je le fais pour les sensibiliser. Dans ma vie, j’ai beaucoup galéré. Je suis en France depuis l’âge de sept ans et je viens tout juste d’obtenir la nationalité française. Il y a un proverbe algérien qui dit que la Terre tourne pour tout le monde. C’est ma manière de montrer à mes enfants qu’aujourd’hui si tout va bien pour eux, les lendemains ne sont jamais assurés », conclut-elle.
Avec une mise en scène qui parle aux enfants, ces ateliers transmettent le message au jeune public. « La vraie leçon de cette journée, c’est de montrer qu’il faut donner aux autres » confie Leïla, dont le timbre de voix trahit l’émotion. Mais déjà , Brahim tire sur la manche de sa mère. « Maman, on va voir la Tour Eiffel ? » Leïla sourit. « Oui c’est long, mais ça vaut le coup. »
Peindre pour exprimer son espoir : c’était l’un des ateliers proposés au enfants lors de cette Journée du refus de la misère.
Des concerts ont aussi rythmé la journée, pour dire non en chantant.
Tags: misère, rue, Social, trocadéro







Bulletins (RSS)